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Revue de presse

"Le Musée d'Hitler"

Cahier du Monde du lundi 23.04.07.

 

Si la force militaire fut la base des dictatures, celles-ci ont trouvé par ailleurs des moyens d'asseoir leur puissance. Le sport, comme symbole du dépassement de soi et de la performance, fut une arme éculée de la rhétorique totalitaire et nationaliste.

Des jeux olympiques de Berlin en 1936 à l'excellence cultivée à Cuba, l'histoire fourmille d'exemples oniriques et essentiels à la compréhension de cette combinaison entre contrôle et séduction des masses populaires.

L'art n'a pas échappé à cette culture de la "perfection", et la seconde guerre mondiale en fut le théâtre.

Portée par la relation d'amour-haine  qu'Adolf Hitler  entretenait avec l'art, l'Allemange nazie s'est lancée, dès 1938, dans une vaste entreprise de pillage. Le peintre et architecte raté dont l'écrivain Eric-Emmanuel Schmitt, dans La part de l'Autre, a conté avec un certain succés l'histoire et le destin manqué, rêvait d'un musée dont la grandeur serait égale à celle du troisième Reich.

Le Musée d'Hitler, documentaire de Jan Lorenzen et Hannes Schuler, revient sur cette chasse à la collection idéale, destinée au futur musée monumental de Linz, ville natale du Führer.

Ce documentaire-fiction, avec de nombreuses scènes jouées, mais toujours en voix off, prend des allures de polar historique, sur fond d'excellence artistique. La Joconde ou l'Agneau mystique de Van Eyck étaient des cibles privilégiées par les commandos d'Hans Posse, honnête chef de galerie qui devint la caution et la main d'Hitler dans cette quête.

Ce Musée d'Hitler contient tous les ingrédients d'un film haletant, d'une course effrénée, où se côtoient ambitions personnelles -Goering fut l'un des concurrents d'Hitler dans la quête d'oeuvres d'art-, actes de bravoure et héros, telle Rose Valland, qui travailla avec les allemands au musée du Jeu de Paume et réalisa en prallèle un inventaire exhaustif et décisif lors de la contre-offensive alliée, visant à récupérer les milliers d'ouevres confisquées.

Documenté, clair, rythmé, ce film met aussi en lumière l'immense gâchis de ces pillages : la destruction de centaines d'oeuvres majeures de Dali, Picasso ou Miro. Un gâchis personnalisé par Hitler lui-même, qui passa ses dernières heures dans son bunker à regretter davantage son musée avorté, dont il contemplait la maquette réalisée d'après ses plans, que la défaite et le massacre de milions de gens engendrés par son ambition démesurée. 

Grégory Blachier. 


« Une mort programmée »
Le Monde  Article paru dans l'édition du 01.10.95

IL existe un monde où la mort crée la vie, où des milliards de suicides sans tristesse se produisent toutes les
heures, où chaque individu fait exactement ce qui est le mieux pour la société tout entière. » Ce monde est
celui des cellules, ces êtres microscopiques dont nous sommes constitués. Peter Friedman et Jean-François
Brunet, respectivement cinéaste et chercheur, nous invitent à le visiter.

Son et images d'une rigoureuse beauté, propos captivants et non dénués d'humour, habillage conçu comme
celui d'un film grand public : il n'en fallait pas plus pour que la science parvienne à s'imposer à l'écran. Mais
la force de ce documentaire réside également dans l'audace de son montage qui alterne explications ardues
et grand spectacle. Le procédé pourrait sembler factice. Par sa maîtrise et son à-propos, il nous ouvre au
contraire l'une des pistes les plus fascinantes de la biologie moderne : la mort cellulaire programmée,
sans laquelle aucune vie organisée ne serait possible. Coproduit par La Sept/ARTE et les Films du
Bouc, ce film a reçu trois prix pour son excellence scientifique. On aura compris qu'il les mérite.

CATHERINE VINCENT
 
 
"Lignes de Vie"
Libération Article paru dans l'édition du 21.07.1998
 
"Dans lignes de vie, l'américain  Peter Friedman et le biologiste français  Jean-François Brunet (...)
nous annoncent tout de go que le vieillissement n'est pas une fatelité, mais un programme génétique qu'il suffirait
, en gros, de mettre hors d'état de nuire pour stopper nos horloges biologiques, ou au moins les ralentir.
D'éminents scientifiques, qui s'expriment avec une limpidité rare et un enthousiasme communicatif,
travaillent avec acharnement à renverser la dictature de nos gênes pour ouvrir à l'avenir à l'impensable :
ils ont déjà réussi à multiplier par deux ou trois la durée d'une vie d'une bande de vers de terre
en les passants aux rayons X...Et en retardant la reproduction des mouches à vinaigre,
qui nous ressemblent beaucoup paraît-il, ils parviennent, les doigts dans le nez, à prolonger leur existence.
L'immortalité n'est pas encore en vue mais les explications de lignes de vie procurent un intéressant vertige
de sciences fiction. Par ailleurs, les deux auteurs élèvent à la vulgarisation scientifique au rang des beaux arts :
absence totale de commentaires, choix d'images extrêmement subtiles
( extraits de films, de dessins animés, collages surréalistes, séquences insolites)-
montées avec un sens poussé du rythme et de la flânerie. Dans le rôle de la cerise sur le gateau.
Alian Prochiantz (CNRS,Paris) nous entretient de la beauté de la durée qui
"rend chaque individu de plus en plus unique" et dénonce l'idéologie de la jeunesse qui nous tient
"prisonnier de l'idée d'âge d'or". Lignes de vie n'a pas le temps ,
ni peut être l'ambition d'explorer plus philosophiquement son sujet,
mais à l'heure où les sociétés occidentales comptent de plus en plus de vieux (...),
ce documentaire donneun avant-goût de ce qui se prépare :
la vieillesse est mise en demeure de se réinventer, et pas seulement sous les auspices de la science.
Mais si rein ne sert de vieillir, il faudra bien toujours mourir à point, non ?
 
 
"Le Virus Fantôme"
Sciences Avenir, article paru dans l'édition de Novembre 1998.
 
Le virus de la grippe espagnole va envahir l'écran d'Arte.
Sur fond d'épidémie qui tua plus de 20 millions de personnes en 1918, une équipe de spécialistes
-géologues, médecins, virologues, généticiens- est partie à la recherche du virus dans les froids polaires du Spitzberg.
Objectif : exhumer des cadavres congelés, prélever des tissus provenant des poumons,
tenter d'isoler le virus en théorie grâce au froid et comprendre ainsi comment une telle épidémie a pu ravager la planète.
autre intérêt de l'expédition :tenter de trouver une parade pour la prochaine épidémie que beaucoup d'expert estiment inéluctablement porche.
Un rendez vous à ne pas manquer.
 
Libération du jeudi 19 novembre 1998.
 
Les chercheurs sont obstinés, les journalistes aussi, parfois. Il a fallu beaucoup d'archarnement à Anne Georget,
réalisatrice du virus fantôme.
Elle ignorait qu'en s'intéressant à la grippe espagnole, ce virus qui tua en 1918/1919 entre 20 et 40 millions de personnes,
elle partait pour un an de tribulations, sur fond de compétition entre chercheurs mais également entre équipe de télévision.
Pour identifier le virus, il faut traquer les cadavres gelés de personnes décedées de cette maladie,
puis prélever des échantillons de tissus sr les corps et les analyser pour découvrir leur code génétique.
La dernière expédition scientifique en date à été menée au spizberg par une jeune géographe canadienne,
Kristy duncan. C'est dans cette île norvégienne, tout près du pôle nord, que furent entérrés sept jeunes
mineurs décédés de la grippe espagnole en 1918. en octobre 1997, anne Georget décide de suivre
cette expédition. Pas si simple : les droits sont réservésd, le National Géographic veut l'exclusivité totale.
Heuresement, la consigne change avec l'arrivée d'un nouveau sponsor, le National Institute of Health.
L'organisme américain public souhaite que les recherches soient transparentes et refuse le principe de l'exclusivité.
La réalisatrice obtient l'autorisation de tourner en juillet 1998.
Mais au Spiberg à la demande de chercheurs soucieux du "respect des morts"
seule une télévision norvégienne est autorisée à filmer dans la tente élevée sur l'emplacment des tombes.
Et, quand les premiers cerceuils apparaissent, plus personne n'a le droit de filmer ou de prendre des photos.
Anne Georget s'intéresse aussi aux autres équipes de chasseurs de virus, qui, parfois, ont même de l'avance
sur Kirsty duncan. ainsi,Johann Hultin, pathologiste retraité, a fait partie, en tant qu'étudiant ,
de la première expédition en Alaska, en 1951. A l'époque, les techniques d'étude de l'ADN
(support de l'hérédité) n'existait pas. Pendant que l'expédition de Kirsty se monte, en 1997,
il y revient avec des échantillons prélevés sur le corps gelé d'une jeune femme esquimaude.
Et les remets à Jeffrey Tautenberger, biologiste de washington, qui est aujourd'hui le plus avancé sur la piste du virus.
La journaliste frnaçaise se rend donc à San Francisco pour rencontrer Hultin. tout ce passe bien...
sauf qu'il refuse de lui accorder une interview car il a dèjà signé avec une autre équipe : une coproduction BBC-WGBH et CDC !
ces péripéties n'apparaissent pas dans le documentaire, qui utilise, quand besoin est, des images d'archives.
Le résultat est riche : l'équipe française  a pu énormément  voyager (Spizberg, alaska, arkansas, Washington, Atlanta...).
En dehors des expéditions, c'est aussi le travail quotidien et répétitif des chercheurs qui est décrit,
anne Georget montrant qu'avec quelques moyens et du temps, l'acharnement, finalement ça paie.
 
SYLVIE BRIET.